Histoire(s) de vieilleries & de transmission

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Les vieilleries et moi, c'est une longue histoire.
Une histoire de souvenirs auxquels je demeure profondément attachée.

 

Mais tu ne prends que des vieillerrrrries ! » commentait ma grand-mère paternelle, un brin de dépit dans la voix qu'elle gardait chantante - j'entends encore son accent et ses « r » roulés typiques de son Tarn natal - malgré sa déception : elle espérait secrètement que je récupère des « jolies » choses dans sa maison bientôt en vente. Alors qu’elle n’avait d’autre choix que de partir et donc d’y laisser une partie de ses souvenirs, un morceau de son cœur et un bout d’elle-même, elle ne comprenait pas pourquoi je ne voulais conserver que des antiquailles.

article histoires de vieilleries et de transmissions couverts anciens Effervescences VcommeSamediUne histoire de souvenir(s)


« Mais j’adooooooore les vieilleries ! » lui avais-je répondu, un large sourire me barrant le visage et une joie immense m'illuminant les yeux. J’avais un peu plus de vingt ans. Je ne l’expliquais pas vraiment, mais effectivement, tout ce qui m’attirait, c’étaient des objets de petite facture auxquels ma grand-mère n’accordait que peu de valeur - et moi tant d’importance. Des ustensiles et de la vaisselle du quotidien, usés par des années de bons et loyaux services - et non pas ceux qui n’avaient été sortis qu’occasionnellement et, de ce fait, ne m’étaient pas familiers.

Ce que j’aimais par-dessus tout, c’était ce dans quoi ces objets me replongeaient : un passé qui s’en allait déjà, avec son lot de souvenirs auxquels j’étais si attachée. Des souvenirs que je ne voulais surtout pas laisser filer. Des souvenirs que je souhaitais conserver intacts. Ces objets m’étaient bien plus précieux que n’importe quel autre car ils étaient ma grand-mère que j’aimais tant.

Ce jour-là, je ne voulais pas céder à la mélancolie. Je savais qu’une partie de mon histoire s’envolait avec la mise en vente de cette maison qui m’avait vue grandir et dans laquelle j'avais passé vingt étés. Mais je voulais en garder une trace.

J’emportais dans mon cœur ma grand-mère et je ramenais dans mes bagages et chez moi son menu fretin qui ne m’était rien d’autre qu’un trésor.

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Des objets chargés d'histoire(s)

 
Parmi ces vestiges, il y avait sa cafetière émaillée jaune dont le couvercle avait quelques éclats. Il y avait aussi son service à café un brin désuet - pour ne pas dire kitsch - que j’avais toujours regardé avec gourmandise. Ses couleurs fanées y étaient certainement pour quelque chose. Ses imperfections qui racontaient tant d'histoires m'ont toujours attendrie : les bords légèrement ébréchés de certaines tasses, les légères mais indélébiles traces de café sur la porcelaine blanche, le fin liseré doré qui cerclait délicatement le bord.

Dans mon élan, j’avais également jeté mon dévolu sur deux casseroles, un broc, une louche et une écumoire - émaillés eux aussi - un gaufrier et d’autres ustensiles en fer blanc, son moulin à café, et quelques outils de mon grand-père : une scie, des marteaux, des tournevis et des limes dont il avait taillé les manches en bois, son vieux mètre pliant en bois qui l'accompagnait dans presque tous ses gestes lorsqu'il était dans son atelier.

Mon grand regret : ne pas avoir pris les vieux draps épais en coton et en lin qui dormaient dans les vieilles armoires en chêne et que j’aurais réveillés en les détournant…

Vingt ans ont passé. La cafetière ne m’a jamais quittée - ni le reste d’ailleurs. Elle est mon objet fétiche.
Celui qui instantanément réveille de tendres souvenirs, de douces sensations, des saveurs d’été et des odeurs de tomates et de choux farcis, de fouace, de tartes aux pommes, de jeannots et d'échaudés.
Celui qui à lui seul illustre mon attirance pour ces objets d’un autre temps qui n’ont souvent de valeur qu’à mes yeux.
Celui qui est à l’origine de ma passion pour la chine.

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La découverte de la chine

Quelques années après que ma grand-mère eût quitté sa maison et alors que je venais d'emménager dans mon nouveau foyer, j'arpentais les allées d'un vide-grenier et je découvrais, les yeux écarquillés et le cœur joyeux, que de véritables trésors pouvaient s'y cacher.

Le hasard m'a menée jusqu'à une ancienne cafetière émaillée. La copie presque parfaite de la mienne. Seule la couleur différait : celle-ci était vert d’eau. Comment aurais-je pu lui résister ? Peu m’importait son prix : il me la fallait. Décidée à agrandir la collection naissante, je n’ai eu de cesse de courir les brocantes pour dénicher d’autres cafetières. Toutes différentes. Bleu canard, rouge, vert tilleul, marron, blanche, bleu roi, beige. J’ai eu un mal fou à trouver une cafetière orange et encore plus à mettre la main sur celle qui est venue clore une série déjà haute en couleurs : une cafetière rose.

Aujourd’hui, les façades des meubles de cuisine ont été changées. La cuisine elle-même a été épurée, amputée d’étagères surchargées, débarrassée d’un fouillis qui encombrait mes plans de travail… et mon esprit. L’évier a été remplacé, la plaque de cuisson a fait peau neuve. De petites plantes ont colonisé la pièce, lui apportant la touche végétale qui lui faisait défaut. Les cafetières, quant à elles, n’ont pas bougé : celle de ma grand-mère trône toujours sur les meubles hauts de la cuisine au milieu d’une vingtaine de ses consœurs.

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Un regard pour héritage

La quête de l’ancien qui porte les stigmates de son époque ne m’a, depuis, jamais quittée. Je cours moins les brocantes mais je parcours avec toujours autant de jubilation les sites de ventes d’objets et de meubles d’occasion.

Ma cafetière émaillée fétiche est le point de départ de cette quête. Mais c'est de mon autre grand-mère que je crois tenir cette attention portée aux objets et meubles anciens. Chineuse par nécessité - et non par plaisir comme c'est souvent le cas aujourd'hui - elle m'a transmis, sans le chercher pour autant - un regard. Elle ne l'a jamais su. Quant à moi, je n'ai compris et ne me suis appropriée ce regard qu'il y a peu.

D'elle également me viennent des « vieilleries ». La plupart, ainsi que je l'ai voulu, de petite facture. Cabossées souvent. Couvertes de nombreuses couches de peinture écaillée ou de papier adhésif aux imprimés criards. Mais elles aussi racontaient mon histoire familiale et mes souvenirs dans son chez-elle peuplé de fous rires et de batailles de polochons avec ma douzaine de cousins et cousines.

Je suis riche de tous les meubles et objets hérités de mes grands-parents. Je les conserve et les regarde avec infiniment de tendresse, énormément de joie - et un brin de nostalgie. Mais l'héritage le plus cher à mes yeux, c'est ce regard si particulier qu'il m'a été donné de recevoir. Un regard qui s'est forgé au fil du temps. Un regard qui m'a appris à voir, percevoir et sentir ce que les « vieilleries » - qu'elles me viennent de ma famille ou que je les aie chinées - ont à me dire.

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Un trait d'union entre hier et aujourd'hui


Ces « vieilleries » chargées d'histoire(s) - la mienne, mais pas uniquement - sont un trait d’union entre hier et aujourd’hui. Elles sont un clin d’œil subtil à un passé - peu importe lequel - qui m’a faite telle que je suis aujourd’hui.

J’aime ce qu'elles me racontent.
J’aime leurs imperfections.
J’aime leurs marques d’antan.
J’aime les histoires qu’elles me permettent de raconter.
J’aime l’idée de pouvoir transmettre à travers elles.
J’aime leur donner une nouvelle vie. 
J’aime les associer à des pièces plus classiques ou contemporaines.
J’aime les mettre en scène.
J’aime leur accorder une place à part.
J’aime les restaurer.
J’aime les laisser dans leur jus.
J’aime qu’elles fassent partie de ma vie.
J’aime les voir comme si elles avaient toujours été miennes.
J’aime les chercher longtemps et finir par les trouver.
J’aime les trouver par hasard.
J’aime ne pas savoir à qui elles appartenaient ni à quoi elles servaient.
J’aime savoir entre quelles mains elles sont passées et quel était leur usage.

J’aime les regarder.
J’aime les toucher.
J’aime leur odeur de poussière.
J’aime leur parfum de nostalgie.
J’aime leur aspect rugueux.
J’aime leur côté brut.
J’aime leur authenticité.
J’aime leur simplicité.
J’aime qu’elles soient uniques.
J'aime qu'elles soient chez moi.
J'aime l'atmosphère qu'elles contribuent à créer.
J'aime oublier qu'elles sont là.
J'aime les redécouvrir et les regarder différemment.


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Une histoire d'équilibre(s)

J'aime toutes ces « vieilleries ». Je ne pourrais m'en passer. Mais je les aime d'autant plus qu'elles investissent mon intérieur sans l'envahir. Elles y occupent une place à part : elles me racontent, sans m'encombrer. Je n'ai jamais apprécié le « total look ». Quel qu'en soit le style. Ce n'est d'ailleurs pas tant une histoire de style qu'une histoire d'équilibre.
Equilibre entre les styles.
Equilibre entre les objets, les matières et les couleurs.
Un objet, une matière ou une couleur sera d'autant plus mis en valeur qu'il n'occupera pas tout l'espace.
Il attirera d'autant plus le regard qu'il contrastera avec d'autres éléments.
Il apportera d'autant plus la touche d'originalité à une pièce qu'il y restera presque unique en son genre.

J'ai toujours été attirée par les meubles et objets d'un autre temps comme je me plais à les nommer. Mais je n'ai pas envie que mon intérieur en soit surchargé au point de ressembler à une brocante. Je ne m’y sentirais pas bien. De même que s’ils en étaient absents.

Tout est histoire(s) d'équilibre(s)...


signature articles Severine plume VcommeSamedisignature article confidences VcommeSamedi

 

 

 

 

 

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